Texte de Rémi Reignier

Du Chaos à la forme

La pratique de la sculpture en taille directe, dans l’œuvre de Xavier Bonnet-Eymard, relève d’une co-construction avec le matériau bois, soigneusement collecté dans toutes ses essences.

En effet, le premier travail du sculpteur est de regarder, jour après jour, les billes alignées, puis de faire tourner les volumes sur eux-mêmes afin de déceler dans le matériau brut une possibilité de forme. Contours, aspects de surface, départs de branche, fourches, sont des signes offerts qui vont alimenter le dialogue de deux êtres au corps à corps.

Il s’agit alors d’exploiter la mémoire du bois en utilisant la trace d’évènements naturels : fentes, nœuds, taches de couleur liées à la décomposition ou à l’humidité. Au cœur de la matière logent des trous qui deviendront des bouches ou des yeux, des fourches qui deviendront les membres de ces formes organiques qui constituent l’essentiel de la création de l’artiste.

Cette révélation, issue de la main de Xavier, nécessite également une sauvegarde : creuser, pour garder du volume mais surtout épargner des surfaces de bois brut, d’écorce, porteuses de leur propre histoire, qu’il ne faut pas anéantir.

La démarche de l’artiste est une aventure avec le bloc de bois, un jeu relationnel, métaphore de la relation à l’Autre, sans projet préconçu, sans croquis préparatoire. Le volume résultant de ce lent cheminement dans la matière, de cette confrontation avec le hasard, dans la tradition des grands sculpteurs du XXème siècle tel Etienne Martin, laisse la part belle à l’inachevé.

L’artiste accentue le contraste entre les surfaces, le lisse et l’écorché, le poli et l’écorce brute et son utilisation maitrisée du ciseau, ou du polissage, offre une qualité plastique à ses créations qui dépasse le formalisme anecdotique pour tenter d’atteindre l’essence. L’artiste nous présente sa perception de l’humain, thème principal, à travers des séries différentes, qui sont le fait d’un homme heureux dans son travail quotidien, plein de liberté dans sa quête de la simplicité des formes, transcrivant l’idée plutôt que la ressemblance.

Xavier cherche, mais en même temps ne cherche pas… et finit par trouver, au-delà de la logique, sa propre voie, ni trop figurative ni trop abstraite.

« La simplicité n’est pas un but dans l’art, mais on arrive à la simplicité, malgré soi, en s’approchant du sens réel des choses »  Brancusi

Rémi Reignier

Agrégé d’Arts Plastiques, Artiste Peintre.

Juin 2013